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LE RETOUR DU POLITIQUE..."
P. Moscovici Député du Doubs|26-09-08|
Pendant que les socialistes discutent de leurs alliances internes, le monde bouge, change, le système financier vacille. J'ai peu – très peu – écrit ici sur la crise financière. D'abord, je l'avoue, parce beaucoup de mon énergie était investie ailleurs – ce n'est pas déshonorant, la vie des partis fait partie de la politique, même si celle-ci ne saurait s'y résumer.
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Ensuite, parce que j'aurais été bien en peine de dire quelque chose de sensé, définitif, dans une situation extrêmement mouvante.
Il y a, en effet, eu tant de rebonds : la faillite de Lehman, le sauvetage d'AIG, la discussion tendue du plan Paulson – du nom du Secrétaire d'Etat au Trésor américain – de libération des banques de leurs actifs toxiques. Tout cela a entretenu une incroyable fébrilité boursière, avec des chutes importantes, des sursauts significatifs et, à tout moment, une invraisemblable incertitude : il y a 2 jours, le Président d'une grande banque française – je le nommerai pas – me confiait ne pas savoir lui-même ou allait la finance internationale.
Et bien, je ne le sais pas non plus. Nous sommes sur le fil, le système peut s'effondrer, la crise peut au contraire être une purge salutaire, une année 2009 de récession mais aussi d'assainissement précédant le retour, peut-être dès 2010, à une croissance plus saine. Mais il y a, d'ores et déjà, une leçon qui émerge, décisive pour un homme de gauche : le politique est de retour. Au fond, depuis plus de 20 ans, nous vivons une période longue de dérégulation, pendant laquelle le capitalisme financier, sans règles, a tout envahi, imposant une rentabilité extrême aux entreprises, laissant gonfler une énorme bulle financière et immobilière, croître d'énormes fortunes. C'est tout cela qui est en train d'éclater, le château de cartes s'effondre, et la planète est suspendue, attendant les décisions des principaux responsables politiques, américains d'abord, européens ensuite. Le système doit être assaini, il a besoin de règles, le citoyen, lui, attend des protections.
C'est ce qui est en jeu à travers le plan Paulson. Il s'agit, je le rappelle, d'investir 700 milliards de dollars pour cantonner les actifs « pourris » des banques. Le changement de cap, qui plus est pour une administration républicaine très « pro-business », proche des milieux d'affaires, est en soi impressionnant : c'est bien le Trésor qui est appelé à la rescousse pour sauver le capitalisme, et non celui-ci qui pilote l'Etat. Mais les Démocrates, avec Obama, ne s'en sont pas contentés, ils vont plus loin et ils ont raison. La réunion qui s'est tenue hier à la la Maison blanche, avec les 2 candidats à l'élection de novembre autour de George Bush, est certes le symbole d'un pays qui sait, dans les circonstances graves, se rassembler, d'une tradition bipartisane qui n'existe pas en France. Elle est aussi le lieu d'une négociation, voire d'un bras de fer. Car le parti démocrate demande – quelle percée politique ! – de la régulation. Ils ont obtenu la création d'un organe indépendant de surveillance sur la manière dont le Trésor dépensera les sommes allouées par le Congrès. Mais ils ont aussi fait entendre la voix de millions de citoyens choqués par les rémunérations exorbitantes de dirigeants faillis ou défaillants, et se sont battus pour des limites à leurs rémunérations. Surtout, ils exigent que l'Etat ne se contente pas d'aider les maîtres de Wall Street, mais prenne des participations dans le capital d'établissements secourus. Ce n'est pas le socialisme, certes, mais ce n'est plus le néo-libéralisme. C'est là dessus que se jouera sans doute l'élection présidentielle américaine : Barak Obama, qui peut davantage incarner le changement et la justice sociale, a pour l'heure repris l'avantage sur un John McCain plombé par l'héritage des années Bush, alors que l'étoile de Sarah Palin a déjà... pâli. Le débat de ce soir donnera de précieuses indications.
Nicolas Sarkozy, avec son intuition politique et sa fibre populiste, surfe sur cette nouvelle vague. Il a prononcé, à Toulon, un discours « de gauche », rappelant sa campagne présidentielle, faisant l'éloge du capitalisme des entrepreneurs au détriment du capitalisme financier, proposant des règles de contrôle des activités bancaires et un encadrement des rémunérations des dirigeants des établissements financiers, promettant la garantie de l'Etat en cas de faillite bancaire, exhortant les citoyens à « ne pas avoir peur » – comme en écho des propos de Jean-Paul II. Discours de circonstance certes, discours habile, c'est sûr, mais peut être pas seulement. Car s'il y a, bien sûr, une visée tactique et une contradiction majeure avec toute sa politique économique, à la fois libérale et rentière, s'il y a même là un gros mensonge à l'heure où se profile, malgré un recul momentané, l'ouverture du capital de la Poste, alors que le budget pour 2009 va combiner extrême austérité et dérive des déficits, le Président a aussi, sans doute, pris conscience de l'inquiétude des Français et du besoin de régulation qui monte. C'est pourquoi les socialistes ne peuvent se contenter de critiquer ou d'ironiser. Cela ne suffit pas, nous ne sommes pas assez crédibles pour en rester là. Mettons nous plutôt au travail pour inventer le nouveau modèle de développement, combinant efficacité économique, justice sociale et performance écologique, que le monde et la France attendent.